Les causes du mariage des enfants

Le mariage des enfants prend racine dans les inégalités de genres et la conviction que les filles et les femmes sont inférieures aux garçons et aux hommes.

Le mariage des enfants est une question complexe. La pauvreté, le manque d’éducation, les pratiques culturelles et l’insécurité sous-tendent et perpétuent la pratique.

Mais les causes varient d’une communauté à l’autre et la pratique se manifeste différemment dans chaque région et pays, ainsi qu’au sein d’un même pays.

Les inégalités de genre

Dans de nombreuses communautés où le mariage des enfants est pratiqué, les filles ne sont pas autant appréciées que les garçons – elles sont traitées comme un fardeau pour leur famille. Marier sa fille à un jeune âge peut être considéré comme un moyen d’atténuer les difficultés économiques en transférant ce « fardeau » à la famille du mari. [1]

Le mariage des enfants est également motivé par les valeurs patriarcales et le désir de contrôler la sexualité féminine, par exemple, comment une fille doit se comporter, comment elle doit s’habiller, qui elle peut fréquenter, épouser, etc.

Les familles surveillent étroitement la sexualité et la virginité de leurs filles afin de protéger l’honneur de la famille. Les filles qui ont des relations ou qui tombent enceintes en dehors du mariage sont souvent accusées d’avoir déshonoré leur famille. [2]

La culture et la tradition

Le mariage des enfants est une pratique traditionnelle qui, dans de nombreux endroits, se produit simplement parce que cela s’est produit depuis des générations. Dans certaines communautés, lorsque les filles ont leurs premières règles, elles deviennent des femmes aux yeux de la communauté. Le mariage est donc la prochaine étape pour donner à une fille son statut de femme et de mère.

Les pratiques traditionnelles nuisibles peuvent être liées entre elles. Dans le sud de l’Éthiopie, par exemple, le mariage des enfants suit habituellement la pratique de la mutilation génitale féminine / l’excision, considérée comme un rite de passage faisant entrer la fille dans sa vie de femme. [3]

Les pratiques traditionnelles sont souvent incontestées car elles font partie de la vie et de l’identité d’une communauté depuis très longtemps. Mais comme l’explique Graça Machel, les traditions sont faites par les gens – et les gens peuvent les changer.

La pauvreté

Plus de la moitié des filles des familles les plus pauvres du monde en développement sont mariées dans leur enfance. [4] Dans les situations de pauvreté extrême, les familles et parfois les filles elles-mêmes croient que le mariage sera une solution pour assurer leur avenir.

Donner une fille au mariage permet aux parents de réduire les dépenses familiales en s’assurant qu’ils ont une personne de moins pour nourrir, habiller et éduquer. Les familles croient également qu’investir dans l’éducation de leur fils est un meilleur investissement que l’éducation de leur fille. Dans certains cas, le mariage d’une fille est un moyen de rembourser les dettes, de gérer des différends ou de former des alliances sociales, économiques et politiques.

Dans les communautés où une dot ou un « prix de la mariée » est payé, le mariage est souvent une forme de revenu pour les familles pauvres. Dans les communautés où la famille de la mariée doit payer une dot au mari, celle-ci est souvent moins cher si la mariée est jeune et sans éducation.

L’insécurité

Beaucoup de parents marient leurs filles jeunes parce qu’ils pensent que c’est dans le meilleur intérêt, souvent pour assurer sa sécurité dans les zones où les filles courent un risque élevé de harcèlement et d’agression physique ou sexuelle.

Le mariage des enfants peut augmenter dans les crises humanitaires, par exemple en cas de conflit ou après une catastrophe naturelle. Lorsque les familles sont confrontées à des difficultés encore plus grandes, elles peuvent voir le mariage des enfants comme un mécanisme de survie face à la pauvreté et à la violence. Huit des dix pays ayant les taux de mariage les plus élevés sont considérés comme des États fragiles. [5]

Sources

[1] Save the Children UK, Rights of Passage, 2003

[2] American Jewish World Service (AJWS) and al., Child, Early and Force Marriage and the Control of Sexuality and Reproduction, 2015

[3] Young Lives, Child Marriage and Female Circumcisions (FGM/C): Evidence from Ethiopia, Policy brief 21, July 2014.

[4] ICRW et Girls Not Brides, Taking action to address child marriage: the role of different sectors: Economic Growth and Workforce Development brief, 2015.

[5] La liste des États fragile de l’OCDE comprend le Bangladesh, la Guinée, le Mali, le Malawi, le Niger, la République centrafricaine, le Soudan du sud, et le Tchad. La définition se trouve dans States of Fragility 2015: meeting post-2015 ambitions, 2015.

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