Du Maroc au Tchad: la caravane contre le mariage des enfants qui transcende les frontières

Adam, from Chad, and Moroccan members of the caravan to end child marriage. | Photo credit: AJAC.

Pour célébrer le lancement d’un programme d’échange des connaissances entre membres de Filles, Pas Epouses, nous revenons sur l’un des premiers échanges soutenu par Filles, Pas Epouses entre le Maroc et le Tchad. Pour en savoir plus sur le programme d’échange et comment postuler, veuillez lire notre foire aux questions.

Chaque année, des dizaines d’activistes sillonnent les régions les plus reculées du Maroc pour sensibiliser les communautés sur le mariage des enfants. Depuis 2011, la Fondation YTTO, une organisation marocaine de lutte contre les violences faites aux femmes, se rend dans les montagnes de l’Atlas pour inciter les familles à éduquer leurs filles, et non les marier.

L’été dernier, Adam Kakaye Abakar, le fondateur de l’Association Jeunesse Anti-Clivage (AJAC), une organisation tchadienne pour la scolarisation des jeunes, et membre de Filles Pas Epouses, a rejoint cette caravane grâce au soutien financier de la Fondation YTTO. L’objectif ? Etudier son approche non-conventionnelle pour la mettre en œuvre au Tchad.

« La réalité [du mariage des enfants] du nord du Tchad, c’est la réalité du Maghreb, » explique Adam. « Dans les villages que nous avons visités, les familles n’aiment pas parler des premières règles de leurs filles, ils craignent des relations sexuelles hors du mariage. Alors ils retirent leurs filles de l’école. Et ensuite elles se marrient. C’est pareil chez nous. Si les causes du mariage des enfants et les difficultés que nous rencontrons sont similaires, pourquoi ne pas s’inspirer des mêmes solutions ? »

Najat Ikhich, founder and director of Fondation YTTO, talks to women during the caravan. Photo credit: Girls Not Brides.

La directrice de la Fondation YTTO, Najat Ikhich, parle à des femmes lors de la caravane. Photo credit: Filles, Pas Epouses.

La caravane est complexe, et plusieurs « commissions » se partagent les tâches pour sensibiliser les familles et leurs filles, et leur apporter le soutien nécessaire. La commission sociale écoute les familles et enregistre en particulier les plaintes des femmes et des filles, y compris les cas de mariages d’enfants ou forcés. Celles-ci sont alors dirigées vers la commission juridique pour des conseils pratiques pour réclamer leurs droits, notamment en cas d’abandon familial par le mari.

The legal commission logs citizen's complaints and civil registration status. Photo credit: Girls Not Brides.

La commission légale enregistre les plaintes des habitants. Crédit photo: Filles, Pas Epouses.

La commission médicale quant à elle organise des consultations individuelles et de groupes, notamment sur la santé reproductive et sexuelle pour les adolescentes, et sensibilise les familles sur les risques du mariage précoce. Enfin, une commission artistique s’occupe des plus jeunes enfants, et utilise la peinture, le dessin ou la poésie pour aborder les sujets qui les préoccupent. Beaucoup de filles parlent des opportunités limitées auxquelles elles ont accès.

A drawing session with school children during the caravan. Photo credit: Tariq Saiidi.

Une séance de dessin avec les enfants lors de la caravane. Crédit photo: Tariq Saiidi.

Depuis l’échange, Adam a mis en œuvre ce qu’il a appris dans les montagnes de l’Atlas. En octobre 2015, Adam a répliqué une caravane pilote dans la capitale tchadienne, N’Djamena. Cette initiative a été faite en partenariat avec l’ASTBEF et CONAJELUS – deux membres de Filles, Pas Epouses – et le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP).

Adam organised a similar caravan in the capital city of Chad, N'Djamena. Photo credit: AJAC.

La caravane contre le mariage des enfants dans la ville de N’djamena au Tchad. Crédit photo: AJAC.

Pendant deux jours, des caravaniers se sont rendus dans différents quartiers de la ville pour faire du porte à porte et parler aux familles des conséquences du mariage des enfants sur la santé et l’éducation de leurs filles.

Adam ne compte pas pour autant reproduire toutes les activités de la caravane. « Il y a des activités qui ne marcheraient pas [dans notre contexte]. L’assistance juridique par exemple. Les gens se sentiraient exposés, voire marginalisés, s’ils venaient demander conseil en public même s’ils sont eux-mêmes victimes. »

An activist from Mali talks to children during the caravan. Photo credit: Tariq Saiidi.

Une militante du Mali pendant la caravane de la Fondation YTTO en 2013. Crédit photo: Tarik Saiidi.

Ce n’est pas la première fois que des activistes tentent de reproduire la caravane de la Fondation YTTO. Chaque année, la Fondation invite des activistes du monde entier à y prendre part: en 2013, des activistes du Mali et d’Algérie, ainsi qu’une partie de l’équipe de Filles Pas Epouses, avait rejoint la caravane dans la région de Ouarzazate. La caravane a depuis été reproduite au Mali.

La visite d’Adam n’est sûrement pas la dernière. « Il y a toujours des bénéfices à impliquer les partenaires d’autres pays, » explique Najat Ikhich, la fondatrice et directrice de la Fondation YTTO. « La caravane est un outil de terrain qui peut contribuer à faire évoluer les mentalités. Si d’autres pays copient ce modèle, on verra nos revendications se mondialiser. »

Malgré des débuts prometteurs au Tchad, le projet d’Adam a néanmoins été freiné en raison du manque de fonds. Des activistes au Nigeria et au Sénégal ont également voulu copier le modèle de la caravane, mais n’y sont pas parvenu faute de moyens. Il s’agit là d’un problème courant auquel font face de nombreuses organisations de terrain qui visent à changer les normes sociales à long terme, y compris la Fondation YTTO.

Girls Not Brides members take part in a learning exchange with Tostan in Senegal.

Des membres de Filles, Pas Epouses participent à un échange avec Tostan au Sénégal.

Depuis sa création, Filles, Pas Epouses appelle au financement et au soutien des organisations de terrain qui, en travaillant au quotidien avec les filles, leurs familles et les communautés, sont la clé du changement des mentalités et des pratiques qui perpétuent le mariage des enfants.

Filles, Pas Epouses soutient et encourage l’apprentissage mutuel des membres afin de renforcer l’efficacité de leur travail. C’est pourquoi nous lançons un programme pilote d’échange d’apprentissages qui permettra aux membres de Filles, Pas Epouses de prendre part à des projets communautaires, et en tirer des enseignements pour renforcer l’efficacité de leurs propres programmes.

Le premier appel à candidature, qui consistera à sélectionner quatre projets et partenaires pour accueillir un échange, est ouvert jusqu’au 1er septembre. Les membres de Filles Pas Epouses seront ensuite invités à postuler pour participer à l’un des quatre échanges. Pour plus d’informations, veuillez lire notre foire aux questions.