S’asseoir pour s’élever contre le mariage des enfants au Pakistan

Children were among the #MyLifeAt15 camapigners who delivered a petition to the Chief Minister of Khyber Pakhtunkhwa, Pakistan, and called for legislation against child marriage.

« À 15 ans je voulais jouer avec d’autres enfants, mais on m’a obligé à épouser un homme qui avait le double de mon âge. Tout le monde était heureux, sauf moi », raconte une jeune femme pakistanaise qui se souvient de sa vie à l’âge de 15 ans, alors qu’elle venait tout juste de se marier.

Elle participe à «  #MyLifeAt15 » (Ma vie à l’âge de 15 ans), une campagne mondiale qui demande aux gouvernements de mettre en œuvre la nouvelle cible mondiale pour mettre fin aux mariages des enfants d’ici l’année 2030. Selon l’UNICEF, au Pakistan, 1 fille sur 5 sera mariée avant son 18ème anniversaire.

Mais le changement est en marche. En 2014, la province de Sindh a élevé l’âge du mariage à 18 ans et plus tôt cette année le Pendjab a renforcé les sanctions contre le mariage des enfants. Pourtant, la région du nord-ouest de Khyber Pakhtunkhwa – où 1 fille sur 4 est mariée avant l’âge de 18 ans – est à la traîne, selon les militants.

Des lois plus sévères pour lutter contre le mariage des enfants

En amont de la « Journée internationale de la Fille », plusieurs coalitions et organisations de la société civile ont utilisé « #MyLifeAt15 » pour mobiliser les communautés, attirer l’attention des médias sur le mariage des enfants, et faire pression afin que le gouvernement agisse.

« Le gouvernement a fait certains efforts mais malgré le fait que les dirigeants aient été au pouvoir depuis deux ans, la législation n’est toujours pas en place. Les citoyens ont attendu trop longtemps », explique Qamar Naseem, le coordinateur de « Alliance to End Child Marriages KP »  (l’Alliance pour mettre fin aux mariages des enfants KP) et  « MEN UNiTE », deux organisations qui ont participé à « #MyLifeAt15 » dans la région.

« Nous demandons au gouvernement de la Province de déposer le projet de loi portant sur l’interdiction du mariage des enfants (2015) et de travailler avec la société civile pour développer etmettre en œuvre des politiques et des programmes visant à mettre fin aux mariages des enfants et de soutenir les jeunes filles mariées. »

Étiez-vous prêt(e) pour le mariage à 15 ans ?

Equipés de feuilles de papier et d’un appareil photo, ils ont demandé aux gens de repenser à l’époque où ils avaient 15 ans. Que voulaient-ils faire ? Etaient-ils prêts pour le mariage ? L’effet a été immédiat.

« C’est la première fois que nous avons eu tant de participants. La campagne nous a aidés à atteindre de nouveaux alliés qui jamais auparavant ne s’étaient ralliés à la question du mariage des enfants », explique Qamar.

« Les partis politiques, les dirigeants des ministères  gouvernementaux, les journalistes, ils ont vu les photos de la campagne et voulaient s’y joindre ». Ce qui est important, dit-Qamar, c’est que « les gens ont très clairement compris le message. À 15 ans, personne ne veut se marier. »

Prendre position en étant assis

De plus, les militants de « #MyLifeAt15 » ont attiré l’attention des médias par un sit-in). Celle-ci s’est tenue en face du club de presse de Peshawar, le « Peshawar Press Club » sur la route principale de Peshawar : « les journalistes ont dû passer devant les personnes assises pour parvenir au club de la presse », explique Qamar.

« Beaucoup d’entre eux ont demandé pourquoi nous étions assis, pourquoi nous refusions de partir, quelles étaient nos demandes. Le directeur du «  Press Club » nous a rejoints, il s’est assis pendant plus d’une heure pour manifester son soutien. » Les nouvelles se sont propagées rapidement, elles ont atteint les oreilles du gouvernement. « Ils ont envoyé le directeur de la Direction des droits de l’Homme et ont demandé à ce que cette manifestation prenne fin. Ils nous ont dit : « Nous sommes prêts à écouter vos doléances ».

Joint civil society sit-in

Activistes lors du sit-in “#MyLifeAt15”

Le lendemain, les manifestants ont rencontré le conseiller du Ministre et lui ont remis leur pétition. Ils ont pu exprimer leurs préoccupations au sujet du retard de la législation et des lacunes dans le projet de loi, y compris une clause qui permet que le mariage des enfants soit contracté si cela se réalise de « bonne foi ». Ils ont demandé à ce que le gouvernement fédéral et les institutions nationales des droits de l’homme travaillent main dans la main avec la société civile dans l’élaboration et la mise en œuvre de la législation concernant le mariage des enfants.

CSO meet with advisor to chief minister, KP, Pakistan 2

Les activistes remettent la pétition à la conseillère du ministre.

Depuis lors, le dialogue se poursuit. Le gouvernement fédéral s’est joint aux célébrations de la Journée Internationale de la Fille. L’Alliance a été invitée à faire une présentation sur le mariage des enfants, lors de  l’assemblée de Province, et des réunions avec les Commissions des enfants, des droits des hommes et des femmes ont été fixées pour ce mois afin de discuter de la législation.

Chair of Commission on Status of Women, IDG

La présidente de la Commission sur le Statut des Femmes dans la province parle du mariage précoce aux médias lors de la Journée Internationale de la Fille.

Recette pour une campagne réussie

Selon Qamar, la campagne a été un succès pour plusieurs raisons :

  • Le fait de demander aux gens de repenser à leurs années d’adolescence et de se mettre dans la peau des jeunes filles a aidé à engager la conversation sur le mariage des enfants. Cela a également permis aux filles de partager leurs propres expériences ainsi que leurs rêves pour l’avenir.
  • L’attention des médias était nécessaire pour encourager le gouvernement à travailler plus vite et à écouter leurs préoccupations.
  • La présence des hommes et des garçons a permis que cette campagne puisse atteindre une plus grande audience. « Pour la première fois, les hommes apparaissaient dans les médias où il parlaient des droits des femmes et du mariage des enfants. » Dans un contexte où les hommes continuent à détenir le pouvoir, « les hommes sont en position de négocier et de faire des changements immédiats », en particulier sur ce qui est souvent considéré comme des questions liées aux femmes.
  • En conjuguant ses efforts, la société civile a été en mesure de parler d’une seule et même voix. « Tous nos logos étaient sur les bannières, tous les coordonnateurs étaient là, et nous avons tous communiqué le même message. Toutes les alliances de la société civile étaient sur la même longueur d’onde et le gouvernement fédéral a dû les écouter.

Et ensuite ?

La réponse du gouvernement à « #MyLifeAt15 » a été encourageante, a dit Qamar, mais nous devons maintenir la pression. « Faisons du mariage des enfants une question dont dépendra notre vote. En 2017, il y aura une élection générale. Nous voulons que le mariage des enfants soit une des questions sur lesquelles les partis politiques seront en concurrence. « #MyLifeAt15 » a le pouvoir de faire bouger les choses ».

[Note : Les organisations participantes étaient : « Alliance to end early, child and forced marriages » (l’Alliance pour mettre fin aux mariages précoces, mariages d’enfants et aux mariages forcés), « Blue Veins », « PVDP », « Tribal NGOs Consortium»  (Consortium des ONG tribales, MEN UNiTE, le « Réseau de la société civile de Pakhtunkhwa » et le « National Action Coordination Group – NACG » (Groupe national de coordination de l’action).]