Les crises humanitaires et les catastrophes naturelles font le lit du mariage des enfants

Photo credit: Abbie Trayler-Smith/Panos for DFID.

Les crises humanitaires et les catastrophes naturelles sont responsables d’une hausse alarmante du mariage des enfants dans le monde, selon Filles, Pas Epouses : Le Partenariat Mondial pour la Fin du Mariage des Enfants.

Les preuves s’accumulent et démontrent qu’en temps de crise, qu’elle soit déclenchée par un afflux de réfugiés, une inondation, un tremblement de terre ou la guerre, le nombre de filles-épouses augmente : fragilisées, les familles ne voient alors d’autre issue que de donner leurs filles en mariage.

Selon plusieurs études, le nombre de mariages d’enfants a augmenté de 13 % dans les camps de réfugiés syriens en Jordanie.i Au Bangladesh, pays régulièrement frappé par des catastrophes naturelles comme des inondations, bon nombre de familles incapables de subvenir aux besoins de leurs enfants considèrent le mariage comme la meilleure solution pour les protéger.ii

D’autres données viennent prouver que même hors d’un contexte de crise, le mariage des enfants porte irrémédiablement atteinte à la santé, à l’éducation et à l’avenir des 15 millions de filles mariées chaque année, et entrave par la même occasion le développement de leur communauté entière.

Pour la toute première fois, les Nations Unies viennent d’adopter une cible mondiale pour mettre fin au mariage des enfants, dans le cadre des Objectifs mondiaux pour le développement durable. Filles, Pas Epouses exhorte les gouvernements à tenir les engagements pris à cette occasion, dans l’espoir de mettre un terme au mariage des enfants à l’horizon 2030.

Le 1er octobre 2015, le partenariat de la société civile lancera #MyLifeAt15 (« Ma vie à 15 ans »), une campagne mondiale dont le but est d’appeler les gouvernements à veiller de toute urgence à la mise en œuvre de leurs engagements en faveur de la fin du mariage des enfants. Cette campagne mettra en relier les rêves d’adolescents d’innombrables chefs d’État, militants et filles du monde entier, tout en exhortant les gouvernements à instaurer des politiques, des programmes et des projets pour mettre fin au mariage des enfants, une bonne fois pour toutes.

L’archevêque Desmond Tutu, porte-parole de #MyLifeAt15, rappelle que « quinze millions de filles sont données en mariage chaque année, quasi-systématiquement à des hommes plus âgés. C’est sous nos yeux que ces filles sont destituées de leur enfance, de leur chance de faire des études et de prendre leur avenir en main, et c’est à nous, tous ensemble, de prendre nos responsabilités pour faire cesser cette pratique. »

Un impératif humanitaire

En Jordanie, des statistiques officiellesiii et des rapports de Care Internationaliv, membre de Filles, Pas Epouses, montrent tous une augmentation préoccupante du mariage des enfants dans les camps de réfugiés syriens, avec des chiffres qui ont plus que doublé ces trois dernières années. De 2011 à 2013, la proportion de mariages où l’épouse avait moins de 18 ans est passée de 12 % à un taux record de 25 %. Selon d’autres rapports, la tendance est identique dans les camps de réfugiés syriens en Irak et au Liban.

Les catastrophes naturelles font également le lit du mariage des enfants. Human Rights Watch, membre de Filles, Pas Epouses, a récemment pointé du doigt la situation au Bangladesh, où certaines familles, qui voient leur maison menacée par l’érosion fluviale ou des catastrophes naturelles récurrentes, marient leurs filles dès le plus jeune âge.

Selon Lakshmi Sundaram, directrice exécutive de Filles, Pas Epouses, « les situations d’urgence portent souvent un coup de grâce à de nombreuses familles déjà au bord du gouffre. Elles bouleversent leur équilibre fragile et en empêchant ces parents désespérés de joindre les deux bouts, les empêchent de protéger leurs enfants. Donner leurs filles en mariage devient leur ultime recours. C’est pourquoi les gouvernements ne peuvent pas se contenter de convenir d’engagements pour mettre fin au mariage des enfants. Ils doivent les tenir coûte que coûte. Les gouvernements doivent instaurer et faire appliquer des mesures de lutte contre le mariage des enfants, et donner d’autres solutions aux filles et à leur famille. Si les gouvernements et les organisations de la société civile n’agissent pas dès maintenant, le nombre de femmes mariées pendant leur enfance passera de plus de 700 millions à l’heure actuelle à 1,2 milliard en 2050. »

Priya Kath, originaire de l’Inde et membre du Réseau régional des jeunes d’Asie du Sud (South Asia Regional Youth Network, SARYN), explique : « Cela fait trop longtemps que les filles sont perçues comme un poids. Il est plus que temps de leur reconnaître un droit fondamental : choisir si, quand et avec qui elles se marient. Nous devons leur donner les moyens de faire de leurs aspirations une réalité. »

i To Protect Her Honour – Child Marriage in Emergencies, Care, mai 2015

ii Marry Before Your House Is Swept Away, Human Rights Watch, juin 2015

iii A Study on Early Marriage in Jordan 2014, UNICEF

iv To Protect Her HonourChild Marriage In Emergencies, Care, mai 2015

v Marry Before Your House is Swept Away, Human Rights Watch, juin 2015