Dix points à retenir de la Réunion mondiale de Filles, Pas Epouses

Le Partenariat mondial compte maintenant plus de 1000 membres ! Nous avons célébré l'occasion avec une photo de groupe lors de notre Réunion mondiale. Crédit photo: Graham Crouch / Filles, Pas Epouses.

C’était un réel plaisir de voir près de 500 activistes issus de plus de 70 pays réunis à l’occasion de la récente Réunion mondiale de Filles, Pas Epouses à Kuala Lumpur pour mettre fin au mariage des enfants.  Au cours des prochaines semaines, le secrétariat de Filles, Pas Epouses réfléchira aux résultats de ces discussions, synthétisera les enseignements tirés et vous tiendra informés des prochaines étapes. Mais avant cela, je souhaitais partager avec vous quelques points clés qui m’ont marqués en quittant Kuala Lumpur.

  1. L’action collective fait la force – le processus de construction et de gestion d’un partenariat est tout aussi important que son contenu. Nous avons entendu à maintes reprises que le fait de travailler de manière collective au niveau local, national, régional et mondial a produit de grands succès – les membres de Filles, Pas Epouses ont pu échanger des enseignements tirés de leurs actions, conduire un plaidoyer commun, changer les attitudes locales, influencer les stratégies nationales et régionales, mobiliser de nouvelles ressources, tenir les gouvernements responsables de leurs engagements et construire une collaboration Sud-Sud. Néanmoins, pour que des partenariats prospèrent et aient le plus d’impact possible, ils doivent inclure diverses perspectives et être gérés de manière efficace. Les participants ont discuté de l’importance d’établir une confiance et un respect réciproques entre divers membres, d’avoir des structures équitables et de garantir que toutes les voix soient entendues.
  2. Les jeunes sont moteurs de changement. Tout au long de la réunion mondiale, de jeunes activistes ont partagé des exemples montrant comment leur travail a créé des changements dans les vies des filles. Il était clair que si nous voulons en finir avec le mariage des enfants, nous devons donner plus de pouvoir aux jeunes et aux organisations dirigées par des jeunes, et s’assurer qu’ils puissent prendre des décisions liées à leur présent et à leur futur.
  3. Les femmes et les filles qui ont été mariées lorsqu’elles étaient enfants font partie des activistes les plus influentes, mais elles ont besoin d’un soutien adéquat pour partager leurs histoires en sécurité et de manière effective. Elles doivent aussi être incluses dans le développement des politiques et des programmes touchant à cette problématique. Par ailleurs, il est d’une importance critique que le mouvement mondial pour mettre fin au mariage des enfants ne se concentre pas uniquement sur la prévention. Nous devons répondre aux besoins des filles mariées de manière holistique.
  4. La question des inégalités de genre doit être au cœur de tout ce que nous faisons. Il s’agit de la cause fondamentale du mariage des enfants, et nous devons y faire référence dans notre travail. Nous devons aussi répondre aux besoins divers des femmes et des filles et garantir que nous n’abandonnons personne. Nous avons entendu à de multiples reprises que les hommes et les garçons ne sont pas seulement une partie du problème ; ils peuvent être un élément clé de la solution pour mettre fin au mariage des enfants.
  5. Nous commençons à aborder des discussions difficiles. Nous ne sommes peut-être pas toujours d’accord sur la façon d’aborder des aspects cruciaux du mariage des enfants, mais ce n’est pas une mauvaise chose, car d’importants enseignements peuvent ressortir des débats. Cependant, nous devons avoir le courage de discuter davantage de sujets difficiles – y compris la sexualité, les normes sociales, les questions raciales et les dynamiques de pouvoir – de manière ouverte et respectueuse. Nous ne progresserons pas vers la fin du mariage des enfants si nous ne sommes pas prêts à continuer ces conversations au-delà de la réunion mondiale.
  6. Nous en savons toujours plus sur le mariage des enfants. Nous avons fait d’importants progrès dans le domaine de la connaissance des facteurs menant au mariage des enfants, ainsi que des réponses efficaces, y compris en ce qui concerne le changement et la mesure des normes sociales, les approches transformatives relatives aux questions de genre, la sexualité, les unions informelles et les grossesses des adolescentes. Nous avons entendu que le mariage des enfants peut prendre des formes différentes selon les pays, et même selon les régions au sein d’un pays. De manière plus spécifique, des discussions à propos du mariage des enfants en Amérique Latine et en Asie du Sud-Est ont mis en lumière des nouvelles questions que le mouvement mondial devra examiner davantage.
  7. Mais nous devons aussi faire face à des défis émergents. Nous avons appris davantage sur l’accélération de la problématique du mariages d’enfants dus à des catastrophes naturelles, des migrations forcées et des conflits, mais nous devons mieux comprendre comment y répondre de manière efficace. Nos membres sont aussi confrontés au rétrécissement de l’espace public et au retour en force de mouvements conservateurs et religieux. Cela peut sévèrement entraver les efforts pour mettre fin au mariage des enfants.
  8. Les organisations qui travaillent dans les communautés ont des compétences uniques. Tout au long de la réunion mondiale nous avons entendu parler des approches innovantes, flexibles et appropriées aux contexte locaux, que ces organisations utilisent pour prévenir le mariage des enfants et soutenir les filles, mariées ou non, dans différentes régions, y compris dans des contextes humanitaires et des états fragiles. Des exemples de programmes prometteurs ont été partagés : des lieux sécurisés pour les filles, des partenariats inter générationnels pour défier les normes locales et des programmes d’autonomisation au niveau communautaire.
  9. Il n’y a pas assez d’argent pour atteindre le changement à l’échelle nécessaire. Les efforts pour mettre fin au mariage des enfants à tous les niveaux doivent bénéficier de ressources appropriées si nous voulons avoir du succès. Les gouvernements doivent s’engager à consacrer les budgets nécessaires pour mettre en place des stratégies nationales – et nous devons les tenir responsables de ces engagements. Les organisations de la société civile – notamment celles qui travaillent au niveau local – sont particulièrement sous-financées, et nous devons attirer de nouveaux bailleurs sur cette problématique.
  10. Nous devons étendre le mouvement et mieux nous coordonner. Si nous voulons faire des progrès, nous devons travailler avec de nouveaux acteurs qui se concentrent sur l’éducation, la santé, la justice, l’économie, la protection sociale, la nutrition et l’aide humanitaire. Nous devons aussi sortir de notre zone de confort, et créer des ‘alliés inhabituels’, y compris parmi les dirigeants religieux. Et nous ne serons efficaces que si nous travaillons ensemble et détruisons nos silos traditionnels au niveau mondial, national et local, pour éviter la duplication des efforts et les lacunes dans notre réponse.

La semaine dernière, j’ai quitté Kuala Lumpur épuisée mais avec un regain d’énergie incroyable – et avec un nombre incalculable de nouveaux amis. J’ai été émerveillée par l’engagement et l’enthousiasme des participants à la réunion mondiale. La maturité et la franchise des discussions auxquelles j’ai pris part ont montré clairement que cette rencontre constitue un tournant dans le mouvement mondial pour mettre fin au mariage des enfants. J’ai hâte d’entamer les prochains pas avec vous tous pour garantir que nous créions, partout, un monde meilleur pour les filles.